questionne Jan Zalasiewicz dans sa préface ? De celui qui remonte au Pléistocène ? De celui qui commence en 1950, emballé dans du plastique et construit sur du béton, avec ses mille milliards de tonnes de dioxyde de carbone supplémentaires envoyés dans l'atmosphère ? Ou de l'anthropocène qui trouve ses racines dans le capitalisme ? Au point où l'on en est, faut-il plutôt insister sur les causes ou sur les conséquences ? Le plus déroutant est assurément que nous avons là un système Terre d'un genre nouveau, (et) que la partie semble jouée avant que nous ayons pu en comprendre les règles (...). Il nous est parfois difficile de réaliser que nous sommes en train de vivre une révolution planétaire (p. 9).

Dans l'introduction à leur ouvrage, François Gemenne et Aleksandar Rankovic indiquent qu'il nous faudra désormais apprendre à gouverner l'irréversible. Cet Atlas de l'Anthropocène donne à voir la magnitude de la crise écologique ainsi que toutes les imbrications de ses causes et de ses conséquences. L'Anthropocène fait ressortir notre immense responsabilité, mais il crée aussi l'opportunité de redéfinir notre rapport à la Terre.

Sommaire

Partie 1. Notre époque, l'Anthropocène (pages 16-28)

Quelque chose de nouveau sous le soleil/ Une brève histoire longue de la Terre/ Anthropos, en scène/ La Grande accélération qui gagne le monde entier Il existe d'autres façons de nommer l'époque : Anthropobscène, Capitaloscène, Phagoscène, Plantationocène, Polémoscène, Thanatoscène, Thermocène, etc./ Le développement peut-il durer ? Le difficile compromis environnement-développement.

Partie 2. Ozone (pages 28-38)

Quand l'environnement se mondialise, la montée en puissance d'une gouvernance mondiale/La première alerte mondiale, la destruction de la couche stratosphérique d'ozone/Vers la résorption du trou dans la couche d'ozone vers 2050/Le premier traité universel (protocole de Montréal (1987).

Partie 3. Climat (pages 39-61)

La Terre en surchauffe, des années perdues à ne rien faire/La hausse pathologique des émissions de gaz à effet de serre/+4°C en 2100 ? (ou plus)/L'inéluctable fonte des glaces/L'élévation du niveau des mers/L'acidification des océans/Des écosystèmes sous pression/Le défi sanitaire du changement climatique/L'environnement, premier facteur de migration/Vers des guerres du climat ? Un monde plus chaud, donc plus violent/Seuils de rupture et scénarios de l'emballement.

Partie 4. Biodiversité (pages 63-82)

La biodiversité d'une Terre humaine/La métamorphose des paysages terrestres/Une Terre industriellement cultivée/Les forêts, prises dans la mondialisation/L'immensité saturée des océans/La pêche industrielle, l'enfer sur mer, vers un possible effondrement de tous les stocks de poisson d'ici à 2048/Les grandes invasions biologiques/Des êtres vous manquent, et tout est dépeuplé/Menaces sur la pollinisation.

Partie 5. Pollutions (pages 83-103)

Pollutions globalisées : des dégâts irréparables, le fossé Nord-Sud/Des détritus de plus en plus encombrants/Le continent de plastique/La très longue vie des déchets nucléaires/Dans le ciel, un invisible assassin/Des pollutions éphémères aux effets durables/La face cachée des marées noires/Des substances très perturbantes, les perturbateurs endocriniens/Les risques industriels/Le sol empoisonné.

Partie 6. Démographie (pages 105-120)

Humains, trop d'humains ?/Onze milliards de sapiens en 2100 (le premier milliard a été atteint en 1800)/Une planète à bout de ressources/Nos modes de vie (si Internet était un pays, il serait le cinquième consommateur d'électricité)/A plein régime carné/Comment être humains ? Une empreinte écologique liée au mode de vie des classes moyennes du monde entier/Les villes, épicentres de l'Anthropocène.

Partie 7. Politiques de l'anthropocène (pages 121-136)

Avancées et reculades/Un demi-siècle de diplomatie au chevet de la planète/La science pour guider les politiques/Des vérités qui dérangent/La fabrique du doute au service de l'industrie fossile/La difficile percée des Verts/Se battre pour la Planète : désobéissance, occupations, marches.

Dans sa postface, Bruno Latour invite, malgré le caractère abyssal des difficultés qui se présentent à nous et que nous avons engendrées depuis les débuts de la première révolution industrielle, à ne pas désespérer. Atlas, dans la mythologie, représente un géant capable de tenir la Terre sur ses épaules sans en être écrasé. Mais quand Gérard Mercator publie en 1538 ce qu'il décide d'appeler un Atlas, le rapport des forces s'est complètement inversé : un Atlas est un ensemble de planches, imprimées sur du papier, quelque chose que l'on feuillette et que le cartographe tient dans sa main ; ce n'est plus la Terre que l'on a sur le dos et qui nous écrase, mais la Terre que l'on domine, que l'on possède et que l'on maîtrise totalement. Près de cinq siècles après, voilà que la situation s'inverse à nouveau : paraît un Atlas qui permet aux lecteurs de comprendre pourquoi il est tout à fait vain de prétendre dominer, maîtriser, posséder la Terre, et que le seul résultat de cette idée folle, c'est de risquer de se trouver écrasé par Celle que personne ne peut porter sur ses épaules.

Comme l'a exprimé François Gemenne dans Libération le 6 octobre 2019, "L'anthropocène nous oblige à regarder plus loin que nos frontières et plus loin dans le temps". Bouleversements climatiques, érosion de la biodiversité, urbanisation débridée, détérioration des sols, catastrophes naturelles, accidents industriels, crises sanitaires, mobilisations sociales, migrations climatiques entraîneront nécessairement des changements à long, moyen ou court terme, autant dire demain, dans la vie quotidienne des êtres humains et, n'en doutons pas, dans les orientations scolaires et professionnelles des jeunes générations. Et nous faisons comme si tout ceci était encore bien loin de nous... Il n'est plus temps de procrastiner ni de pratiquer un déni délétère ou de culpabiliser sans cesse. Est venu le temps d'agir. Les solutions complexes à des problèmes complexes viendront bien autant des initiatives publiques que des engagements privés. Mais dès maintenant et pour longtemps, nous avons besoin des unes et des autres.

Ce billet a été modifié le 4 novembre 2019

Ce billet a été modifié le 6 novembre 2019