La tribune publiée dans Le Monde le 12 février 2020 par le collectif Alerte rappelle que, dans le cadre des Objectifs de développement durable, la France s’est engagée à éradiquer la grande pauvreté d’ici à 2030. Or, de fait, on assiste à un décrochage des 5% des ménages les plus pauvres, ceux qui ont le plus besoin d'une politique sociale ambitieuse et équitable. Tout ceci arrive au moment où les effets de la politique conduite depuis 2017 se font sentir : forte baisse de la fiscalité des plus aisés, mesures prises dans le prolongement du mouvement des « gilets jaunes » au bénéfice des classes moyennes et des personnes en activité (augmentation significative de la prime d’activité, baisses des impôts sur le revenu et de la taxe d’habitation, défiscalisation des heures supplémentaires). Dans le même temps, les 10 % des ménages les plus pauvres, qui vivent avec moins de 1 000 euros par mois, n’ont bénéficié d’aucun de ces avantages. Pis, ils ont vu leurs conditions de vie se dégrader.

Afin de redistribuer du pouvoir d'achat aux plus pauvres, les associations signataires prônent la progression du Revenu de solidarité active (RSA) et de l'Aide personnalisée au logement (APL) afin que le revenu minimum par personne atteigne 870 euros par mois. Les associations de lutte contre l’exclusion alertent le gouvernement depuis des mois sur la paupérisation inacceptable d’une partie de la population privée d’emploi. D’autant qu’à ces économies faites sur le dos des pauvres, décidées en 2018 et 2019, s’ajoutent le durcissement de l’accès aux allocations-chômage et la diminution de leur montant qui touchera avant tout les chômeurs les plus précaires, en particulier les jeunes. Autant de réformes qui pèsent directement sur les ménages les plus pauvres. La fragilisation de ces derniers, trop souvent accusés de ne pas faire d’efforts pour s’en sortir, va à l’encontre des principes élémentaires de justice sociale. Surtout, elle rend chaque jour plus difficile l’accès aux biens essentiels : logement, alimentation, santé, éducation, loisirs, culture, participation à la vie publique. Comment peut-on vivre dignement avec 560 euros par mois (492 euros sans le forfait logement) ? (…) L’Etat a montré qu’il savait débloquer 17 milliards d’euros face à la mobilisation du mouvement des « gilets jaunes ». Ces mesures de justice sociale (…) éviteraient une nouvelle augmentation du taux de pauvreté et des inégalités et rendraient surtout l’espoir à des millions de ménages qui se sentent aujourd’hui abandonnés par la République.

Salauds de pauvres ! Que font les pouvoirs publics face à la paupérisation croissante des plus pauvres, et à l'intolérable misère (dégradation de centres d'accueil, arrêtés anti-mendicité, chasse aux sans-abri dans la rue) ? Que fait l'Etat face à la culpabilisation des pauvres, des migrants, des bénéficiaires du RSA ou des sans-abri ? Pourquoi les pouvoirs publics réduisent-ils les subventions aux associations d'aide aux plus démunis ? La grande pauvreté, ce sont aussi les laissées-pour-compte de la retraite à 400 euros, le plus souvent des femmes, et, bien sûr nombre d'étudiants en grande précarité. Dans Que faire des pauvres (1697), le philosophe anglais John Locke (1632-1708) préconisait aux gouvernants de s'occuper des pauvres en les mettant au travail, enfants inclus. S'occuper des pauvres, aujourd'hui, c'est d'abord et avant tout restaurer leur dignité. Et cela passe par une augmentation sensible de l'effort du contribuable à leur endroit. On voit aussi à partir de mars 2020 que le moment CO-VID-19 risque de frapper davantage encore les plus déshérités. Saura-t-on les protéger ?

Ce billet a été modifié le 31 mars 2020