On ne peut impunément résumer un ouvrage aussi imposant par son érudition. Par son ouverture aux manières de dire (dictiones), d'écrire, un dictionnaire, nous dit Alain Rey, ne reflète pas une langue, entreprise impossible, mais un "choix d'usages". Pris entre l'unité abstraite du système et la réalité multiple des discours, il peut se réfugier dans la fiction du "bon usage". Il devient alors un prêt à parler comme personne ne fait. Il peut aussi s'échiner à représenter la variété changeante des façons de dire et d'écrire. (page 792)

Anatole Bailly et son Dictionnaire grec-français (1895), Pierre Bayle (1647-1706) et son Dictionnaire historique et critique, Louis-Nicolas Bescherelle (1802-1883) et son Dictionnaire national (1843-1845) au grand succès éclipsé plus tard par Pierre Larousse (1817-1874), Antoine Furetière (1619-1688) et son Dictionnaire universel, Félix Gaffiot (1870-1937) et le Dictionnaire latin-français, Emile Littré (1801-1881) et son Dictionnaire de la langue française, Paul Robert bien sûr (1910-1980), près duquel Alain Rey fit ses gammes, et son Dictionnaire alphabétique et analogique... Et tant d'autres...

Pour les amoureuses et amoureux des dictionnaires et des encyclopédies, je suggère, avec Alain Rey, de consulter les définitions de ''dictionnaire'' proposées par D'Alembert dans l'Encyclopédie (1751-1772) (plusieurs entrées : Dictionnaire, Dictionnaires de langues, Dictionnaires historiques, Dictionnaires de sciences et d'arts tant libéraux que méchaniques), ainsi que celle d'"encyclopédie" par Diderot.

Dans son paysage amoureux des dictionnaires, Alain Rey met au premier plan Gustave Flaubert et son Dictionnaire des idées reçues (1911), Pierre Perret et son Parler des métiers : dictionnaire thématique alphabétique (2002), Pierre Desproges et son Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des nantis (1985). Avec Alain Rey, comment espérer vaincre l'addictionnariose* ?

  • Déf. Addictionnariose : addiction patho-logique aux dictionnaires. Pour l'heure, aucun remède, aucun vaccin, aucune médication, aucun traitement spécifique, aucune médecine parallèle n'ont pu en venir à bout. Pire : outre sa présence sournoise et silencieuse dans les bibliothèques, archives, médiathèques publiques et privées de tous les pays du monde, dans toutes les langues, cette patho-logie a trouvé de nouveaux terrains de dissémination et d'expansion virales via le pouvoir amplificateur illimité de la Toile. On craint une pandémie.