Reconnaissons-le, Hubertine Auclert fut en avance sur son temps. Pionnière du féminisme dans les premières décennies de la Troisième République, elle fut de tous les combats qui paraissent soit acquis soit naturels aujourd'hui : droit de vote des femmes (seulement acquis en 1945), égalité dans le Code civil (jusqu’en 1938, il était spécifié lors du mariage républicain que l’épouse devait obéissance à son mari), légitimité du divorce, égalité des salaires, droit pour les femmes à une indemnité de grossesse et à l’avortement, rétribution pour le travail ménager.

De quels combats ne fut-elle pas ?

En 1882, elle s'approprie le terme de féminisme jusqu'ici méprisé afin de qualifier la lutte pour améliorer la condition féminine. Elle demandera son inscription sur les listes électorales et refusera de payer ses impôts. Elle devient une ardente partisane de la féminisation des noms de métier (contre laquelle l'Académie française continue de ferrailler) et de fonction ; l’usage systématique des termes masculins et féminins constituant, pour elle, un moyen efficace de promouvoir et de garantir l’égalité femmes–hommes dans toutes les sphères de la société.

« Si nous ne comptons pas, pourquoi nous compte-t-on ? » Redoutable activiste, elle sait faire parler d'elle : édition de timbres à la gloire des droits des femmes et pour le boycott du recensement, interruption intempestive de la lecture du Code lors d'un mariage civil, fondation du journal La Citoyenne, nombreuses pétitions.

Elle ne verra pas la concrétisation de sa principale revendication, le droit de vote des femmes, obtenu seulement en 1945 en France, l'un des derniers pays d'Europe à l'avoir accepté. Pourtant, grâce à ses nombreuses pétitions, les vendeuses et les ouvrières obtiennent le droit de s’asseoir dans les grands magasins et les ateliers ; puis, en 1907, les femmes deviennent électrices puis éligibles aux conseils des prud’hommes. Qui s’en souvient ?

Hubertine Auclert aura poursuivi ainsi le combat d'Olympe de Gouges (1748-1793), guillotinée sous la Terreur pour avoir osé publier sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791) : La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits (article 1). La femme a le droit de monter sur l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la Tribune (article 10). Valeureuses femmes exemplaires auxquelles les femmes et les hommes doivent tant alors que tant d'hommes faillirent.●■

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Pour approfondir

Auclert H. (2021), Journal d'une suffragiste, éditions Folio-Histoire

Arnaud-Dominique Houte (2026), Hubertine Auclert, une féministe en République, éditions Calype

Centre Hubertine Auclert, centre francilien pour l'égalité femmes-hommes

Hancewicz A., Spinelli M. (2021), Éduquer sans préjugés, pour une éducation non sexiste des filles et des garçons, Lattès

Hubertine Auclert, féministe, émission Concordance des temps, France Culture, 7 mars 2026 (durée : 58')