Et "ce n'est pas parce que j'ai des engins plus que je vis plus" traduit Alexandre qui nous rappelle que sa thèse de doctorat porta en son temps sur "la discussion dialogique", que le conseil de groupe est une pratique négligée et qu'elle se transmute le plus souvent en "discussion stratégique". Il nous faut inventer "un kit de survie créatif pour période agitée". Et de prôner des "ateliers de vitalité existentielle", des "exercices quotidiens d'admiration". Car c'est l'ordinaire qui est l'exceptionnel : qu'est-ce que nous faisons tous les jours ?

Debout les vivants ! En avant-première d'un ouvrage en préparation sur l'auto-formation, Alexandre Lhotellier développe deux points pour lui fondamentaux. D'abord la discussion à plusieurs. Face à l'inconsistance de nos paroles, il nous faut réapprendre à discuter. Le "kairos-haïku", cet art du bref, peut nous y aider avec la règle des 3C ciblé-concis-concret. Quelle est la qualité de nos paroles ? Nous vivons dans un monde de saturation. Face aux technologies de la saturation et au seuil de l'avènement de l'homme technologique, comment préserver "les ilots de l'insularité individuelle ?" La parole est un partage collectif, non une propriété individuelle. La parole est humanisation où "seul l'acte signe le sens". Nous avons à changer nos modes de parole, à changer nos actes. Et revenir aux trois fondements du dialogue véritable selon Alexandre : partir de l'autre, tenir l'entre, ouvrir le soi. Réinventer le conseil de groupe. Le conseil est d'abord une question politique, d'abord de groupe. Or nous inventons le conseil à distance, la visio-conférence au moment même où nous avons à réapprendre à nous parler, à "parler vrai" (M. Foucault). Le conseil de groupe est une élaboration collective, via une écoute plurielle, une confrontation productive. Innovation et créativité. Tenir_conseil_Lhotellier.gif Nous avons un apprentissage permanent à faire. Mais le "counseling" n'est pas le "consulting" ni le "coaching". Et ne pas oublier que le questionnement, c'est l'écoute des situations, la réflexivité. Il nous faut apprendre à questionner le sens, l'authenticité, la volonté.

L'autoformation humaine. Il nous faut inventer le "centring", i.e. "l'unité active de l'expérience vécue, de l'entraînement répété et de l'agir socialisé". Il faut nous entraîner à développer "la capacité à transformer en expériences signifiantes les événements quotidiens généralement subis, dans l'horizon d'un projet personnel et collectif". "La formation humanisante est un travail personnel et collectif qui va d'une expérience à son élucidation en commun, d'une originalité (l'unique de chacun) à son approfondissement par une confrontation d'une différence à l'instauration d'une reconnaissance personnelle". Quel est donc notre contrat avec la vie vivante ? Faire face (démarche d'agir vrai, "l'écoute des situations, cf. D. Laing), Tenir debout (un entraînement permanent de l'exercice de soi, un éveil et une veille de chacun, savoir écouter autrui, mais aussi les arbres), Être authentique (comment me faire vrai, devenir vrai ?), Cultiver l'ordinaire ("L'homme exraordinaire, c'est l'homme ordinaire", S. Kierkegard), Réhabiliter une évaluation formative continue aujourd'hui disparue, Majorer le quotidien ordinaire par l'intelligence du partage et la création collective de projets. Créer ensemble.

Quelques éléments bibliographiques suggérés par Alexandre Lhotellier : Êtes-vous raku ? Androche Praudel (2006). Le courage de créer, par Rollo May (2009). Le soi saturé, par Kenneth J. Gergen (2009). Le constructionisme social, un guide pour dialoguer, par K. Gergen et M. Gergen (2009). La régulation à usage ordinaire, par Zhong yong, 1993.