Le paradigme de l'appariement

De la fin du 19è siècle aux années 1970, de nombreuses recherches furent réalisées afin de concevoir des interventions rigoureuses, généralement envisagées comme des moyens pour améliorer les conditions de travail et construire une société plus juste. A un individu jugé stable correspond presque mécaniquement une société aux emplois et métiers stables. Pourquoi aider l'elève à s'orienter ? Pour fournir de la main d'oeuvre aux entreprises.

Le paradigme de la carrière et du développement du self

La mondialisation économique et culturelle consécutive aux développements des technologies de l'information et des transports a profondément transformé les sociétés occidentales au cours de ces trois dernières décennies : les sociétés modernes deviennent de plus en plus "liquides". L'organisation du travail s'est considérablement modifiée : le travail devient flexible et l'emploi est de de plus en plus souvent précaire. Le regard des spécialistes des sciences humaines sur le sujet humain a lui aussi changé : celui-ci est de plus en plus perçu comme moins monolithique que précédemment et comme plus susceptible d'accroître son pouvoir d'agir. Le conseil en orientation s'est ainsi recentré sur les personnes elles-mêmes. Il vise à les aider à se diriger dans la vie et à gouverner leur parcours professionnel. La question-clé devient : "Qu'est-ce qui m'importe fondamentalement dans ma vie ?" Parmi les auteurs qui ont porté ce paradigme, Guichard cite Donald Super (1957) et le concept de "carrière" : les vues subjectives sont plus importantes que les considérations objectives ; le "self" ou "soi professionnel" prend sens en articulation et correspondance avec les autres dimensions du "self".

Le paradigme de la société décente et du travail décent

Mais dans le contexte des innombrables défis auxquels est confrontée aujourd'hui l'humanité, ne convient-il pas, nous propose Guichard, d'inventer un nouveau paradigme qui combinerait au souci et au gouvernement de soi (Foucault) le souci des autres lointains (car on se préoccupe surtout de l'autre proche et moins de l'autre lointain), des institutions justes (Ricoeur) et la responsabilité du maintien d'une vie authentiquement humaine sur terre (cf. Le principe responsabilité, Jonas) ? Et pour commencer, l'auteur prône de réorienter les interventions en orientation, dans les trois champs de l'information, de la guidance et du dialogue, vers le développement d'un travail décent pour tous. En effet, les individus ont de plus en plus des "carrières protéiques". Les pouvoirs d'agir des individus diffèrent très largement : d'un côté, la scolarisation dans des écoles chères et compétitives et la course vers le soleil des carrières lucratives ; de l'autre, le travail indécent, brisé, fracturé, précarisé, et le risque de "désespoir social" chez de nombreux jeunes. Sensibiliser tous les jeunes à la question du travail décent est une nécessité vitale. Mais aussi éduquer tous les jeunes à la citoyenneté mondiale. Et encore : apprendre aux personnes à développer des systèmes d'échanges locaux et ainsi une véritable conscience citoyenne de soi. Il appartient aux interventions en orientation, qu'elles relèvent de l'information, de la guidance ou du dialogue, de développer quotidiennement et systématiquement un "horizon de considérations éthiques"