S'appuyant sur l'ouvrage récent de Sylvie Catellin, ''Sérendipité, du conte au concept,'' Roger-Pol Droit indique que ce terme s'est répandu, comme nous l'avons explicité dans nos sept billets précédents consacrés à la notion, en désignant les découvertes dûes au hasard. Concept en vogue y compris chez les scientifiques les plus méthodiques. Se promener sans rien chercher, privilégier l'aléa, le fortuit, le surgissement accidentel. Et surgira l'improbable !

Sylvie Catellin décrit une réalité autrement complexe et intéressante. D'abord, quand Horace Walpole invente le mot au 18ème siècle, il lie hasard et sagacité, discernement et acuité d'esprit. Au fond, quand les trois frères de Serendip (Ceylan) peuvent, à partir des traces d'un animal, affirmer que c'est un chameau, qu'il boite, etc. il faut beaucoup de rigueur et de rationalité pour décrypter ce qui paraît d'abord incompréhensible.

La sérendipité réunit ces deux composantes, hasard et rigueur logique. Et Sylvie Catellin montre combien cette alliance est au coeur des débats épistémologiques actuels. Faut-il choisir entre les partisans d'une recherche libre et antidogmatique et les tenants d'une science rigidement programmée ?

Dans son ouvrage S'orienter dans la vie, la sérendipité au travail ? Francis Danvers évoque, page 959, les travaux du psychologue canadien Ecouter_les_arbres.jpg Bandura sur La psychologie des rencontres fortuites et des trajectoires de vie selon lesquels le hasard est favorable aux individus curieux et entreprenants qui cultivent leurs centres d'intérêts, leurs compétences et des croyances personnelles constructives (attitude proactive). Le sujet mobilise ses ressources internes afin de tirer le meilleur parti des occasions qui se présentent parfois de manière inattendue.

Allons, encore un effort ! Et le Nouveau Littré introduira la sérendipité dans une prochaine mise à jour...