Il faut dire que le bouillonnant après-68 aura correspondu, à l'éducation nationale, à la mise en place de l'ONISEP (1970), des toujours actuels CIO (1971), des nouvelles procédures d'orientation (1973), du programme d'information et d'orientation des collèges et lycées (1971), des fonctions de professeur principal (1971) et de professeur délégué à l'information (1971) ainsi que de celle des inspecteurs et inspectrices chargé.e.s de l'information et de l'orientation (entre 1971 et 1974). Il en fallait de la réflexivité, de la lucidité et de l'audace pour, à peine entré dans la profession, publier, au milieu des années 1970, un tel témoignage de vérité digne de la République de Platon ! D'abord réticent au défi de reprendre et d'éclairer ce texte quadragénaire, je dois dire d'emblée que Jacques Giust est entré dans ce projet éditorial commun avec fougue et enthousiasme. Merci Jacques ! Le lecteur, la lectrice trouveront ici, en trois parties, le texte initial relu, légèrement remanié et accompagné de notes, commentaires et ajouts biographiques et bibliographiques rédigés par Jacques Giust en décembre 2018.

Qui est Jacques Giust ?

Ecoutons-le lui-même se présenter... Je suis né en 1945 à Caen (Calvados). J’ai fait mes études à l’école primaire de Ouistreham-Riva Bella, au bord de la mer, puis, à partir de la 6ème, au lycée Malherbe de Caen, ceci jusqu’aux classes préparatoires littéraires. Ensuite j’ai obtenu, à l’université de Caen, la licence et la maîtrise de philosophie (avec Claude Lefort, et Maurice Reuchlin pour la partie psychologie). J’ai enseigné la philosophie durant deux années. J’ai fait ma formation de conseiller d’orientation (CO) à l’IROSP de Caen (1972-1974) avec Jean Drévillon. J’ai exercé le métier de CO aux CIO de Vire (1974-75), Caen (1975-1988), Montpellier-est (1988-89) et au rectorat-SAIO de Montpellier (1989-90). C’est à Caen que j’ai écrit la plupart de mes articles (voir ma bibliographie). Je suis devenu directeur de CIO à Cluses en Haute-Savoie (1990-91), puis inspecteur IEN-IO en 1991. J’ai exercé à l’IA d’Evry, Essonne (1991-99), d’Avignon, Vaucluse (1999-2001) et à l’IA de Nîmes, Gard (2001-2011). Durant mon séjour à Montpellier, j’ai enseigné la psychologie à l’université Paul Valéry (UPV) sous la houlette bienveillante de Pierre Benedetto. J’ai été élu au CA de l’association des conseillers d’orientation de France (ACOF) en 1975. J’ai été commissaire technique en 1983 (St Etienne) et en 1984 (Quimper), en collaboration avec Guy Pihouée. Je suis devenu président de l’ACOF en 1984 jusqu’en 1991, avec Bernard Lespès comme secrétaire général. À côté des activités physiques, j’ai pratiqué des sports de compétition : le football au stade Malherbe caennais, le tennis dans le club « corpo » du lycée où j’étais CO. J’ai toujours été très attiré par la philosophie, la littérature, le théâtre, le cinéma et les arts, notamment la peinture, la danse et la musique (je suis un amateur éclairé de jazz). On pourra se reporter à l’article que j’ai donné à Questions d’orientation, n°2, juin 2017, qui explique comment j’ai découvert le métier de conseiller d'orientation.

Le conseiller d'orientation comme testeur (ch. 1)

Réalité essentielle du métier de conseiller d'orientation dans les années 1960 et 1970, la représentation du conseiller d'orientation comme testeur ne pouvait manquer de se répandre ; c'est à elle qu'avec grande lucidité, Jacques Giust, jeune conseiller d'orientation virois puis caennais, consacre son premier chapitre. Extraits : Le testeur, c'est la personne qui fait passer des tests (...). S'il existe une image vivace de la profession de conseiller d'orientation, c'est bien celle de testeur (en 1976). C’est vrai aussi bien pour les enseignants, les chefs d'établissement, les élèves et les étudiants, les parents d'élèves, que pour la partie du public qui connaît bien les conseillers d'orientation. (...) Face aux tests et à ceux qui utilisent les tests, l'attitude de ces différents groupes de personnes est le plus souvent ambivalente. Disons qu'elle dépend surtout des résultats aux tests et de l’utilisation que l'on veut en faire. Lorsqu'il est entrevu comme testeur, le conseiller d'orientation est une personne qui semble posséder un étrange pouvoir, celui de dire, à partir de quelques synonymes ou antonymes à rapprocher, de proverbes à retrouver parmi des phrases différentes, de séries de nombres à compléter, de séries de figures ou dessins à agencer dans le bon ordre, à partir de formes ou volumes à compléter, à développer ou à dessiner et, parfois, d'une dictée et de quelques exercices de calcul, si tel ou tel élève possède des aptitudes intellectuelles ou n'en possède point, s'il a des acquis scolaires solides ou non.

L'article décrit avec précision les représentations que les chefs d'établissement, les professeurs, les élèves et les parents d'élèves se font du conseiller-testeur : Pour tous ces différents interlocuteurs, le conseiller d'orientation, quand il est perçu comme testeur, est une espèce de démiurge ou d'oracle mi-craint, mi-moqué. Cette attitude ambivalente face à lui vient du fait qu'on ne sait comment interpréter ses paroles et qu'on ne comprend pas comment il arrive à pouvoir tenir un tel discours ; de plus, on soupçonne que s'il se prononce dans le sens souhaité, certains obstacles pourront être surmontés plus facilement.

Il poursuit en montrant que cette image de testeur attribuée communément au conseiller dans ces années 1960-1970 ne s'est pas développée et étendue en partant de rien. Tout au contraire, elle a été construite et forgée par les services et les professionnels de l'orientation eux-mêmes. Parfois même, selon l'auteur, un testing tous azimuts a sévi, voisin d'une psychologie sur dossier, qu'il décrit l'un et l'autre dans leurs raisons d'être et leurs outrances : La psychologie sur dossier ne fait que dévoiler plus clairement l'inspiration profonde et le caractère principal de tout un courant de l'orientation qui, s'il met en place aussi des séances d'information, des entretiens individuels avec les élèves, des réceptions de parents et des participations aux conseils de classe, reste avant tout attaché aux résultats des élèves aux tests, ou bien qui fait de ces résultats aux tests la pierre angulaire de tout travail d'orientation (...) et à un type de relation que nous avons caractérisée comme étant une relation au dossier, coupée de la personne.

Jacques Giust conclut ainsi le chapitre 1 : À certains qui resteraient perplexes devant les idées que nous avançons, nous voudrions poser une dernière question : au fond de lui-même, quelle place le conseiller d'orientation ne se reconnaissant pas dans cette image de testeur, de psychologue sur dossier et qui est sensible aux multiples autres aspects de sa pratique de psychologue accorde-t-il, en fait, aux tests et à leurs résultats ? Est-il sûr de ne pas privilégier les tests parmi ses techniques et ses manières d'intervenir ?

Ce billet a été légèrement modifié le 22 décembre puis le 23 décembre 2018

Pour aller plus loin : Voir le texte complet du chapitre 1 en annexes .doc et .pdf

A suivre : chapitre 2/3, Les représentations du conseiller d'orientation : le conseiller comme orienteur