Quelle école assurera le bien être, la réussite scolaire et l'épanouissement de notre fils ? Quoi de plus commun, quoi de plus naturel que cette question concrète que se posent légitimement tous les parents ? Sofia et Paul, couple mixte touchant et drôle, lui batteur punk-rock aux revenus incertains, elle avocate issue de l'immigration maghrébine, nous embarquent dans leurs errements.

Bénéficiaires d'une large plus-value lors de la vente de leur petit appartement parisien devenu trop exigu, ils décident, en accord avec leurs principes, de partir à Bagnolet acheter la (modeste) maison de leurs rêves. Très vite, les amis du couple sortent leurs enfants, copains de leur fils Corentin, de l'école publique Jean Jaurès et, en fins stratèges du contournement de la carte scolaire, choisissent l'école privée catholique non pour des raisons religieuses, mais parce qu'elle est plus tranquille, moins mixte, d'un meilleur niveau.

Malgré leurs convictions, les parents de Corentin constatent le dépérissement de la mixité sociale dans un établissement où les petits Blancs deviennent une minorité et prennent peur (cf. Agnès Zanten : Plus les parents ont peur, plus ils partent). Comment croire en la promesse de l’école publique alors que votre fils lui-même, pourtant élevé avec la liberté de pensée et l’ouverture d’esprit de vrais républicains laïcs, ne veut plus y aller ? La maman, pur produit de la méritocratie républicaine, et le papa, baba cool anticlérical, vont-ils céder aux sirènes de l’école catholique ? C'est cette hésitation, cette lutte intérieure que montre avec subtilité, humour et nuance, le long métrage de Michel Leclerc (un film à voir malgré un dernier quart d'heure inutile, plein de clichés et qui ne brille pas par sa légèreté et sa créativité).

Paul, père de Corentin : La mixité, pour que ce soit de la mixité, il faut que ce soit de la mixité ; si ce n'est pas de la mixité, ce n'est pas de la mixité. On ne saurait mieux dire ! Mais, dans la réalité concrète de la vie quotidienne, le choix n'est pas si aisé à effectuer, justement parce que le choix est possible ! Il suffit de bénéficier de revenus suffisants pour accéder à l'enseignement catholique... ou de déclarer une fausse adresse pour intégrer une école publique ou un collège ou un lycée public hors secteur. Et, ne nous méprenons pas, cette situation, certes exacerbée à Paris, est connue partout en France. On s'étonne que l'enseignement privé sous contrat avec l'Etat, largement bénéficiaire des fonds publics, n'ait pas les mêmes obligations que l'enseignement public d'accueillir les enfants et adolescents migrants, les enfants du voyage, les recalés et patates chaudes multi-exclus des collèges et lycées. Ce qui accentue la paupérisation des écoles, collèges et lycées publics de périphérie ainsi que l'embourgeoisement et l'absence de mixité sociale des établissements scolaires de centre ville, qu'ils soient publics ou privés. D'ailleurs, quand des bourgeois amiénois décident de faire terminer à Paris la scolarité de leur fils prodige, commencée dans une institution catholique de leur ville d'origine, ils ne choisissent pas le lycée public de Bagnolet mais le plus proche du Panthéon... A ce rythme, l'entre-soi, la lutte des places, la ghettoïsation et la reproduction sociale ont encore de beaux jours à vivre !

Pour aller plus loin

Le choix de l'école est-il une lutte des classes ? France culture, Être et savoir, Louise Tourret, dimanche 31 mars 2019

Billet de Samra Bonvoisin, Le Café pédagogique, 3 avril 2019

Van Zanten A. (2009), Le choix de l'école, stratégies familiales et médiations locales, PUF

Langouet G. (2002), Public ou privé ? Editions Fabet

Vauloup J. (2002), A la recherche du bon collège, la dérogation à la carte scolaire à l'entrée en sixième en Sarthe en 2001, 34 p. Envoi gratuit sur simple demande à jacques.vauloup@gmail.com

Vauloup J. (2002), A la recherche du bon lycée, la dérogation à la carte scolaire à l'entrée au lycée en Sarthe en 2001, 50 p. Envoi gratuit sur simple demande à jacques.vauloup@gmail.com