45 réponses nous sont parvenues, dont 4 réponses collectives (CIO La Flèche, CIO Mayenne, CIO Fontenay-le-comte, CIO Sablé), ce qui nous fait estimer qu'environ la moitié des conseillers-ères d'orientation-psychologues de l'académie ont participé à ce retour réflexif sur nos pratiques. Parmi les répondants, 2 directeurs de CIO et 1 IEN-IO. Le questionnaire comportait cinq questions :

1. À votre avis, l’action du/de la CO-P conseiller/ère technique se réfère-t-elle plutôt à l’activité du/de la conseiller/ère d’orientation-psychologue près du chef d’établissement ou près de l’établissement ?

Près du chef d’établissement : 12 réponses. Près de l’établissement : 26 réponses. Les deux : 7 réponses. Synthèse. Pour près de 60% des répondants, la question du conseil technique est présentée comme un positionnement auprès de l’ensemble de l’établissement. À maintes reprises, les répondants/tes ont exprimé, souvent dans le détail, l’importance de leurs contacts réguliers avec les différents interlocuteurs de l’ensemble de l’équipe éducative. Toutefois, un nombre significatif de répondants/es indique soit que le conseil technique se place tout autant auprès du chef d’établissement que de l’établissement, soit que, même exercé auprès de l’ensemble de la communauté éducative, il ne saurait éluder le rôle pédagogique majeur du pilote du navire – « C’est avec le chef d’établissement que tout ou presque devient possible, et sans lui, rien ou presque n’est possible » –. Au fond, le chef d’établissement, c’est celui/celle qui rendrait plus ou moins possible ce conseil technique auprès de l’ensemble de la communauté éducative. Cette posture de conseiller/ère technique est à exercer parfois en dehors même de contacts directs et d’un travail réel avec des sujets ou des groupes. En outre, elle doit prendre en compte le fait que le/la conseiller/ère d’orientation-psychologue n’est pas le/la seul /e à avoir la légitimité de s’occuper d’orientation dans un établissement. Notons enfin deux réponses très critiques, l’une vis-à-vis du concept même de « conseiller technique » alors que, selon son auteur, la notion de « conseiller d’orientation-psychologue » se suffit à elle-même, l’autre suspectant la réapparition de cette vieille notion au moment même où l’on doit, faute de moyens humains suffisants en CIO, donner aux professeurs nos outils pour qu’ils fassent le travail en orientation à notre place.

2. Pouvez-vous indiquer les expressions qui s’apparentent le plus, selon vous, à CO-P conseiller/ère technique ?

Classement par ordre décroissant (plusieurs réponses possibles). Personne-ressource : 35. Spécialiste en orientation : 32. Expert, experte : 22. Psychologue : 22. Membre de l’équipe éducative : 18. Regard multiple et différent : 14. Rôle délicat à tenir : 12. Consultant, consultante : 9. Une place à occuper : 9. Traducteur, traductrice : 5. Catalyseur : 2. OVNI : 1. Synthèse. Les acceptions de « personne-ressource » et de « spécialiste en orientation » recueillent la majorité des suffrages pour plus de 2/3 des répondants. Une moitié choisit « expert », une moitié choisit « psychologue ». Les conseillers/ères ne situent pas leur expertise en conseil technique auprès des établissements essentiellement du côté de la psychologie. Comme si, pour eux, leur compétence psychologique était moins à déployer du côté du groupe, de l’organisation, de l’institution, que de celui du sujet individuel. On peut ajouter aussi que, contrairement à certains propos lus dans plusieurs rapports publiés ces dernières années sur les services et personnels des CIO, le nombre même de réponses au questionnaire (1/3 des conseillers/ères d’orientation-psychologues de l’académie), leur qualité et leur densité attestent de l’intérêt et de l’effectivité de l’engagement des conseillers et des CIO sur ce champ. À plusieurs reprises, les répondants évoquent que cette posture de conseiller/ère technique n’est pas donnée ni acquise, qu’elle se construit et qu’elle doit bénéficier d’un minimum de présence hebdomadaire régulière et pluriannuelle en établissement pour qu’elle fasse corps et sens. Ce n’est malheureusement pas le cas partout, faute de moyens, de temps et du fait de la précarisation croissante des personnels qui les contraint à ne pouvoir se fixer nulle part durablement. On notera quelques belles expressions telles que « le gardien de la cohérence du tout », le « magicien prestidigitateur », le « travailleur de fond » qui envisage le long terme, les capacités d’évolution de la personne souvent inconscientes, le « ralentisseur d’urgences réelles ou supposées »…

3. Pouvez-vous citer quelques tâches et activités concrètes dans lesquelles vous vous sentez véritablement COP- conseiller/ère technique ?

Synthèse. Nous retrouvons en somme la plupart de nos activités. Nous remarquons que l’adjonction du terme « technique » nous renvoie davantage au noyau dur de notre profession, mais qu’il en donne en même temps une vision restreinte : élaboration du parcours de découverte des métiers et des formations, conseil portant sur les vœux d’orientation des élèves (compromis entre désir et réalité du jeune par rapport à une gestion des flux se traduisant par des procédures). Nous voyons aussi curieusement que le bilan psychologique ne semble pas l’activité la plus associée au conseil technique. Mais il y a une autre lecture de ces réponses ; certains collègues ont désigné les moments où ils se sentent conseillers-ères technique-s de l’établissement lors des équipes de suivi et de scolarisation, pendant les conseils de classe, au cours des cellules de veille, pendant les séances d’informations aux parents, lors des bilans psychologiques. En fait, il s’agit des activités où notre expertise est visible par les différents acteurs de l’établissement, et, partant de là, celles où le conseil peut être formulé et défendu.

4. D’après vous, quels sont les facteurs limitants, les freins et les obstacles à l’exercice du rôle et de la fonction de CO-P conseiller/ère technique ?

Synthèse. « Être partout et nulle part » est, pour bon nombre de CO-P, l’un des facteurs qui explique leur difficulté dans l’exercice du rôle et de la fonction de CO-P conseiller/ère technique. L’insuffisance du temps de présence dans les établissements est l’argument mis en avant dans cette enquête. Manque de temps qui a pour conséquence un temps limité de concertation, de dialogue, de conseils et une absence à de nombreuses réunions ou actions liées au volet orientation de l’établissement. Comme le souligne une conseillère, « Pour être une conseillère technique, il faut un temps de présence suffisant auprès des personnes pour qu’elles vous considèrent comme une personne ressource ». Finalement, comme le rappelle un autre collègue, « Les chefs d’établissements et les équipes éducatives apprennent à faire sans nous ! » comme les y engagent par ailleurs, et depuis de nombreuses années, les circulaires et autres directives ministérielles. De quoi parle-t-on exactement lorsque l’on utilise l’expression « conseiller/ère technique » ? Comme le rappelle un conseiller, « Il faudrait que ce rôle et les compétences du conseil technique soient clairement définis dans les textes et dans les formes d’application, c’est une question de légitimité et de validité ». Un autre précise : « Je suis CO-P et non conseiller technique ». Cette fonction n’étant définie ni par des textes officiels, ni par les personnes en charge de l’exercer, il est évidemment compréhensible, en toute logique, que les autres acteurs du système ne la leur reconnaissent pas ! On relève également que l’exercice de la fonction de conseiller technique voire de l’action globale du CO-P au sein de l’établissement scolaire est lié à sa relation personnelle avec le chef d’établissement, ce qui ne peut que poser question sur « l’identité professionnelle » des CO-P. À cela s’ajoute un facteur aggravant, celui de la faible ancienneté dans le poste et/ou la fonction. D’une certaine façon, les réponses des CO-P dépassent le cadre strict de la question posée pour aborder un point plus général qui est celui de leur rôle, aujourd’hui, au sein de l’établissement. On le note, le périmètre de leurs actions est intimement lié à la relation entretenue en premier lieu avec le chef d’établissement et l’équipe éducative. Qui plus est, la faible présence hebdomadaire dans l’établissement et les besoins ressentis au quotidien par les élèves et leurs familles ne peuvent que conduire les autres membres de l’équipe (enseignants, infirmière, assistante sociale, CPE, assistant d’éducation, chef d’établissement, adjoint) à mener des actions qui relèvent, aux yeux de certains CO-P, de leurs attributions et compétences. Ce délitement de l’identité commune est un élément avancé à de nombreuses reprises dans l’enquête avec, parfois, une critique adressée aux services de l’orientation pour leur absence de prise de position claire à ce sujet.

5. À votre avis, quelles sont les conditions favorables ou indispensables à l’exercice du rôle et de la fonction de COP – conseiller/ère technique ?

Synthèse. À la lecture des réponses données, on relève que la mise en place d’une véritable relation de confiance avec les acteurs de l’établissement scolaire est, avant toute chose, un des facteurs importants de la réussite de cette mission. « Indispensable : le bon rapport au chef d’établissement et aux équipes éducatives ». Le terme « reconnaissance » est également de nombreuses fois cité : « Il faudrait d’abord que l’on soit reconnu comme des spécialistes de l’orientation ». Cette reconnaissance de « l’expertise du COP » aurait ainsi l’avantage de réduire la « confusion » des rôles au sein de l’établissement. L’augmentation du temps passé dans l’établissement constitue également une condition indispensable à l’exercice de cette fonction de conseiller/ère technique : « Nécessité d’être présent le plus possible dans l’établissement, d’être réactif, reconnu, relationnel. Pour cela, il faut une bonne stabilité dans l’établissement afin d’établir des liens professionnels avec l’équipe éducative ». Une bonne connaissance du contexte économique et social, du marché de l’emploi du bassin ainsi que de réelles capacités d’analyse sont également souhaitées. En l’absence d’une définition claire de cette fonction de COP-conseiller technique, on peut se demander si les réponses données à la question ont porté précisément sur celle-ci ou, plus largement, sur la fonction d’un(e) COP au sein de l’établissement scolaire. Un collègue n’a pas hésité une seconde à trancher : « Difficile de répondre dans la mesure où cette fonction ne me parle pas vraiment ».

Pour conclure, cette formulation exprimée par une répondante : « Il faudrait que ce rôle et ces compétences du conseil technique soient clairement définis dans les textes et dans les formes d’application, c’est une question de légitimité et de validité. »

Source : Stagiaires du stage CO-P conseiller/ère technique du chef d’établissement. PAF 2011-2012. Yves-Claude Asselain (CIO Saumur), Sylvie Cerfeuillet (CIO Laval), Sylvie Delaunay (CIO Saumur), Alexie Fages (CIO La Flèche), Amélie Doly (CIO La Flèche), Frédérique Garnett (CIO Angers), Fabienne Pellet (CIO Nantes Nord), Florence Requejo-Carrio (CIO Angers), Viviane Rogé (CIO Le Mans centre), Marie-Claude Testart (CIO Le Mans centre), Jacques Vauloup (IEN-IO académie de Nantes). Nous tenons à remercier chaleureusement tous/toutes les collègues ayant répondu au questionnaire et les personnes qui ont accepté de témoigner lors du stage : Catherine Gay-Boisson (proviseure), Brigitte Hoch (principale), Isabelle Leclercq (DCIO), Philippe Paul (proviseur), Robert Poisson (DCIO), Pierre Raynaud (IEN-IO). Et un merci vif et amical à Alexandre Lhotellier pour la force et l’humanité de son témoignage le 5 avril à Angers.