Extraits

(...) Les professeurs savent que, avec des élèves, ils ne peuvent pas faire « semblant ». En effet, faire la classe est plus complexe que de transmettre un savoir à un élève mobilisé sur les apprentissages. Trouver la bonne posture, n’est pas forcément simple et la hiérarchie est encore souvent sensible, parfois de manière obsessionnelle, à vérifier avant tout qu’aucun détail ne manque sur le cahier des préparations… Ce travers, car c’en est un, peut avoir pour conséquence des nuits blanches et de longues heures de travail fastidieux sur la forme, au détriment d’une réflexion sur l’essence même du métier de professeur des écoles.

L’éthique : sortir du slogan. (...) Les conférences et les ouvrages, pour intéressants qu’ils soient, n’aident que très peu les enseignants, quand ils sont seuls, à mieux enseigner pour aider les plus fragiles à entrer dans le monde des apprentissages et l’apprentissage du monde, les plus instables à retrouver de l’attention pour se mobiliser sur une tâche scolaire, les moins enclins à vivre en collectivité et à en comprendre les mécanismes fondamentaux et porteurs. Il manque un chaînon…

Accompagner, oui mais comment ? (...) Les inspecteurs restent, dans leur immense majorité, encore trop distants des pratiques des enseignants qu’ils sont supposés entraîner à mieux enseigner, encourager à découvrir des pratiques diversifiées et adaptées aux différents types d’élèves rencontrés, former à une meilleure connaissance des relations à entretenir et développer au sein d’un groupe classe. Et, plus généralement, au sein de la communauté scolaire et éducative élargie, avec chacune et chacun des interlocuteurs partenaires de l’école, dont les parents restent, encore aujourd’hui, les grands oubliés. Leur travail demeure, globalement, beaucoup trop administrativement cantonné à réaliser des enquêtes statistiques. Les jeunes enseignants sont en droit d’attendre, de leur première visite d’inspection, beaucoup de respect, d’attention et de conseils positifs. Ce sont en effet la réussite et le sentiment d’être reconnu comme un interlocuteur valable qui développent la motivation. (...) L’école et tous ses enseignants qui la font vivre ont davantage besoin de confiance, de respect et de soutien. L’école et ses enseignants aspirent à un souffle nouveau que n’ont pas encore su apporter les différentes tentatives de refondation.

Quatre conditions pour une nouvelle relation. (1) Permettre, rendre capable et donner le droit de parler, de questionner et de se questionner. (2) Prendre et tenir l’engagement de faire quelque chose de cette parole après s’être assuré que ne subsiste aucun malentendu dans les propos échangés. (3) Reconnaître l’enseignant comme un expert afin qu’il le devienne. Ce qu’il fait, il sait pourquoi il le fait, ce dont il parle, il le connaît mieux que quiconque, puisque c’est de lui dont il parle. (4) Permettre à chaque individu de travailler en commun, au sein d’une équipe, en créant les conditions de la reconnaissance réciproque et en montrant l’intérêt des échanges entre pairs.

À cet égard, l’évolution du métier d’inspecteur le place aujourd’hui en situation de contradiction que seule la posture déontologique peut résoudre. Un inspecteur ne peut à la fois prétendre être celui qui détient la vérité et celui qui demande à des enseignants de travailler en commun, au sein d’une équipe pluricatégorielle, pour la rechercher. Il doit, s’il veut sortir de cette contradiction voire de cette tricherie, considérer que sa mission est d’être lui-même porteur de l’exigence de quête de vérité. Sa supériorité hiérarchique, ici, n’a pas valeur universelle, elle ne peut être reconnue que si elle s’appuie sur « éthique de la communication ».

Et Dominique Sénore de proposer aux professeurs des écoles des outils adaptés : faire le point sur chacune des dix compétences à mettre en œuvre quand on est professeur des écoles, un blason à remplir, pour soi. On aurait tort de considérer que cette posture d'accompagnement serait réservée au premier degré, tant son message est universel. On aurait tort de penser que cette posture d'ami vigilant se limiterait aux inspecteurs d'enseignants alors que les autres, cantonnés dans des activités ad-mini-stratives au rectorat, en direction académique, au ministère, pourraient se dédouaner de ce questionnement qui touche, selon nous, tous les corps d'inspection. D'ailleurs, le distinguo entre inspecteur pédagogique et inspecteur non pédagogique n'a aucune valeur réglementaire. En ce qui concerne le domaine de l'orientation, les inspecteurs en orientation et responsables académiques et nationaux de l'orientation seraient bien inspirés d'entendre la difficulté de la mutation professionnelle vécue par les néo-psychologues de l'éducation nationale et celle, non moins préoccupante, des directrices et directeurs de CIO soumis au syndrome de la mort annoncée des centres d'information et d'orientation (CIO). Cela supposerait de leur part de lâcher une partie de leurs trop lourdes activités administratives et d'investir bien davantage le champ pédagogique de l'accompagnement des personnels et des services, de la formation et d'une évaluation vue comme mise en valeur et non contrôle de conformité.

Pour aller plus loin

[Les enseignants débutants, Revue internationale d'éducation de Sèvres, n°74/2017 |https://journals.openedition.org/ries/5742||RIES_74_2017]

Vauloup J. (2014), 1001 pratiques réflexives en orientation, 146 p.

Vauloup J. (2017), Guide néo-psy, 10e édition, 100 p.

Vauloup j. (2018), Code de déontologie pour les pratiques réflexives des inspectrices et inspecteurs en orientation

Sénore (2000), Pour une éthique de l'inspection, ESF