En ces temps d'immédiat après-guerre, avec Gal, Wallon, Naville, Léon, on parlait d'orientation avec du souffle ! Enseignant dans le premier puis le second degré, militant pédagogique, inspirateur du plan Langevin-Wallon (1947), Roger Gal (1906-1966) fut l’un des fondateurs du Groupe français d’éducation nouvelle (GFEN). De 1942 à 1944, il écrit L’orientation scolaire, (PUF, 1946). Avec ce petit-grand ouvrage, malheureusement épuisé, Roger Gal fait partie des grands auteurs francophones de l'orientation scolaire, à côté d’illustres auteurs : Alfred Binet, Édouard Claparède, Pierre Naville, Henri Wallon, Antoine Léon, Paul Langevin, Geneviève Latreille, André Caroff, Jean Drévillon, Alexandre Lhotellier, Maurice Reuchlin, Michel Huteau, Jean Guichard...

Extraits

(Introduction). On peut dire que l’orientation, c’est le problème du bonheur : « Le problème de l’Orientation scolaire et professionnelle (Ndlr : Nous respectons l'orthographie Orientation, majuscule voulue par R. Gal), c’est le problème central de la Réforme de l’Enseignement et de l’Éducation que tout le monde aujourd’hui sent désirable et inévitable ; je dirai plus, c’est le problème qu’impliquent tous les autres qu’ils soient politiques, sociaux, économiques, moraux ; car il touche à chacun d’eux ; il n’est aucun d’eux qui ne dépende en quelque mesure de lui. Il est au fond le problème de la civilisation nouvelle qui s’élabore à travers les bouleversements que nous vivons. C’est de sa solution que dépendent l’épanouissement et le bien de l’individu, puisque orienter, c’est s’efforcer de savoir de quelle manière on développera au maximum les forces latentes en chaque personnalité en formation, chercher dans quel sens chaque être humain réalisera sa plénitude.

C’est elle aussi qui assurera la bonne mise en place de l’individu dans la société, et par conséquent la bonne marche de la machine sociale.

On peut dire que l’Orientation c’est le problème du bonheur, du bonheur à l’école d’abord, ou, si l’on veut, de la joie de réaliser ses potentialités, cette joie qui n’exclut pas l’effort ni la peine, mais qui la surmonte et la transfigure. ... Il s’agit d’exploiter toutes les virtualités de l’être, de n’en laisser aucune sans emploi et de faire croître la plante humaine dans les conditions les meilleures. C’est le problème de la plénitude, du bonheur de la jeunesse que trop souvent nos méthodes uniformes et abstraites ennuient et dégoûtent à tout jamais de toute culture, et c’est celui du bonheur, de la plénitude de toute la vie.

Mais il y a la machine économique et sociale qui attend les bras, les esprits qui conviennent à chaque étage de la production ou des responsabilités générales. Et quel gâchis dans l’emploi des forces humaines qui lui viennent souvent au petit bonheur ! Quelle perte sociale dans le fait que les 3/4 de la jeunesse s’en vont trop tôt au métier sans avoir eu le temps de s’éprouver et de voir ce qui leur conviendrait le mieux, tandis que l’autre quart y va par une prédestination sociale, financière ou familiale.

C’est dire que l’Orientation, c’est le problème de la justice qui consiste à offrir à chacun toutes les possibilités de développement et de réalisation de soi qui ne soient strictement limitées que par les impossibilités de nature. Toute autre limitation, de classe ou d’argent, est, du point de vue culturel, oppressive et porte atteinte aux droits de la personnalité.

Pour aller plus loin

Gal R. La psychologie dans les classes nouvelles, in revue Enfance, tome 1 n°1, 1948. pp. 59-70.

Ndlr : Ce remarquable article relate l'expérience passionnante des classes nouvelles ou classes d'orientation. Initiées par Roger Gal sous le ministère Jean Zay et le gouvernement du Front populaire, l'expérimentation fut reprise à partir de 1945. Première et éphémère expérience d'application, en France, des données de la psychologie au service de la pédagogie. Texte complet en annexe, au format .pdf