enfants, parents sans travail, jeunes d'à peine 18 ans à scooter clinquant et aux poches déjà pleines d'argent gagné à l'angle des rues, pères absents, dont certains sont emprisonnés. Le parti pris est celui de filmer au plus près des jeunes de 14-15 ans. Et là, il faut dire que le film nous livre de beaux morceaux spontanés et rafraîchissants du langage fleuri des banlieues. On arrive parfois à se demander pourquoi certains réalisateurs paient si cher de soi-disant acteurs et actrices qui entreront dans le ghetto du gotha alors qu'ici, on voit que, mis en confiance et en collectif, des jeunes ordinaires de 14-15 ans crèvent l'écran.

Samia, jeune conseillère principale d'éducation fraîche émoulue de son Ardèche natale et montée en région parisienne pour des raisons personnelles douloureuses, va découvrir non sans courage, volonté et intelligence, les joies de la vie scolaire dans un collège du nord du boulevard périphérique. Et bien sûr, le microcosme du collège vu à partir de l'épicentre de la vie scolaire lui fait prendre de plein fouet la résistance différentielle des profs face à la difficulté d'apprendre, voire au refus d'apprendre ou tout simplement de venir au collège, des adolescents. Mais aussi les dilemmes moraux des adultes dans le cas de jeunes particulièrement touchés par le sort : faut-il sanctionner un vol à la cantine quand c'est pour nourrir la famille ? les écarts de conduite et le manque d'investissement scolaire de Yannis sont-ils excusables du fait de l'incarcération de son père ? et comment le faire encore espérer de l'école ?

On regrette toutefois, comme l'a fait fort justement Marcomario Guadagni dans Libé du 3 septembre, l'image triste et fausse que le réalisateur donne des SEGPA. Et contrairement à ce que prétend le film, on n'aboutit pas en SEGPA à l'issue d'un conseil de discipline, à l'issue d'une sanction.

Au final, malgré certaines facilités qu'on pardonnera tant la générosité, le dynamisme et l'optimisme-malgré-tout du réalisateur et des acteurs font plaisir à voir, ce film généreux et émouvant ponctue de belle façon une rentrée scolaire encombrée par les autosatisfactions quotidiennes d'un ministre valet d'un Pouvoir en constante campagne électorale et traversée par les troubles légitimes de la profession enseignante face à ses gouvernants gyrovagues et partisans.

Ce billet a été modifié le 4 novembre 2019