Ainsi, «Le rapport fondamental au monde se manifeste dans la réponse à la question de savoir si nous nous sentons portés ou jetés dans le monde, si nous l'éprouvons comme responsif ou répulsif, attrayant ou dangereux, si nous adoptons à son égard une attitude plutôt instrumentale ou une sensibilité résonante, et si nous développons face à lui une orientation plutôt pathique ou intentionnelle» (p. 157).

Le chapitre 4 de son ouvrage, fondamental, explicite les catégories élémentaires de sa théorie de la relation au monde. Re-sonare (lat.), c'est retentir, faire écho (acoustique, musique) ; entre deux corps, la vibration de l'un fait covibrer l'autre. Rilke, page 201 : «J'aime tant entendre chanter les choses». Autre illustration : les phénomènes météo qui, de tout temps, dans toutes les cultures, ont été interprétés par les hommes comme des miroirs de l'âme : le hurlement de la tempête, le ciel plombé de décembre, les matins radieux de printemps, etc. Le sentiment d'efficacité personnelle (Bandura, 1977) est proche de la résonance : la qualité de la relation humaine au monde dépend de la confiance qu'ont les sujets en leur capacité à relever les défis, à contrôler leur environnement et à mener à bien des actions planifiées (p. 182).

Résonance versus aliénation

«La résonance est une forme de relation au monde associant af←fection et é→motion, intérêt propre et sentiment d'efficacité personnelle, dans laquelle le sujet et le monde se touchent et se transforment mutuellement» (p. 200).

À laquelle s'oppose, en antonyme absolu, l'aliénation :

L'aliénation désigne une forme spécifique de relation au monde dans laquelle le sujet et le monde sont indifférents ou hostiles (répulsifs) l'un à l'autre et donc déconnectés. Une relation sans relation (p. 211. Exemples : la dépression, le burn-out).

L'auteur distingue ensuite et détaille des sphères et axes horizontaux de résonance (la famille, l'amitié, la politique), des axes diagonaux (les relations d'objet, le travail, l'école, le sport et la consommation), et des axes verticaux (la religion, la nature, l'art, l'histoire).

Travail et burn-out

«Quand les contraintes de la concurrence et de l'optimisation sont telles qu'elles nous conduisent à perdre le contact avec le travail, avec les collègues et les clients − contact qui va au-delà du simple échange d'informations et de la coopération fonctionnelle −, quand le sens de la qualité du travail disparaît sous la pression des indices de production et qu'il ne nous reste même plus de temps pour nous féliciter de nos réussites et souffler après l'effort et quand, par ailleurs, les signaux de reconnaissance envoyés par les supérieurs ne sont plus perçus que comme stratégiques (i.e., destinés à nous faire redoubler d'efforts), un axe de résonance central de la vie moderne menace de se tarir. Nous perdons alors notre capacité à faire nôtres les outils et les matériaux de notre travail, les produits et les objectifs de l'entreprise, les procédures, espaces et formes d'interaction qui régissent notre activité et à construire, ou à maintenir intactes, des relations de résonance correspondantes. Cela peut prendre un ton particulièrement dramatique quand tous les autres axes de résonance − famille, amis, engagement, politique, activité bénévole, musique − ont déjà été "sacrifiés" à la force d'aspiration de plus en plus puissante de la sphère de travail» (p. 270)

Pour Rosa, s'il y a tant de fréquence de burn-out chez les professions de santé et d'enseignants (environ 30%), c'est que le public concerné développe de lui-même de fortes attentes de résonance et les exprime souvent : «Chaque regard de malade ou d'élève porte en lui une demande de résonance. Il n'y a pas de soin ni d'enseignement dignes de ce nom sans relations de résonance. Les enfants et les malades, les personnes âgées et les sans-abri, veulent être vus, entendus, touchés et ils attendent des réponses autant que des traitements. Si les conditions de travail sont telles que ces attentes de résonance et les propres exigences des personnes qui travaillent ne peuvent être satisfaites, le risque de burn-out augmentera» (p. 270).

À suivre :

Sur la résonance : faire résoner l'école (3/4)

Sur la résonance : un monde rendu à son indisponibilité (4/4)