Passe que le crédit d'impôt de 50% s'applique, sans distinction, aux personnes les plus modestes et aux contribuables les plus aisés... Pour ces derniers en effet, l'aide financière de l'État pour la tonte de la pelouse, le nettoyage des gouttières ou de la piscine, les cours particuliers des enfants est considérée comme une niche fiscale de plus alors que le renforcement de l'aide publique allouée pour l'aide à domicile d'une personne âgée ou en situation de handicap aux faibles revenus s'imposerait dans une société démocratique et soucieuse du soin donné aux plus démunis.

Mais voilà, à qui profite l'ouverture du marché de l'instruction et de l'orientation qui préexistait certes à la crise pandémicosystémique du printemps 2020, mais qui s'est accélérée dans ces circonstances ?

Chiffres d'affaires en forte hausse pour les leaders du marché, entrée sur le marché d'un géant de l'aide à domicile (O2, Oui Care international) dont le siège social d'allure résolument ostentatoire est en cours de construction en gare du Mans, mise en concurrence des écoles, ouverture d'écoles privées hors contrat de luxe par des groupes financiers proches de l'État, dispositif sport-santé-culture-civisme (2S2C) proposé en temps normal par l’éducation nationale mis en œuvre par le secteur privé, chaîne de grande distribution (Auchan), en partenariat avec l’éditeur Hatier, ayant reçu cet été le label de l’éducation nationale «vacances apprenantes»... La liste s'allonge.

Bref, la privatisation de l'éducation s'accélère. Et avoir maintenu aux commandes Jean-Michel Blanquer n'est qu'un indice supplémentaire corroborant le fait qu'il s'agit bel et bien là d'une stratégie gouvernementale installée et non d'un mouvement anodin, passager et subi. Recherche du profit, accroissement des capitaux privés, baisse des financements étatiques pour le service public, angoisse des parents mobilisés (langage guerrier, du struggle for life !), quel qu'en soit le prix, pour la réussite scolaire et donc sociale et financière des génies qu'ils ont enfantés : tout concourt à l'accélération de la privatisation de l'éducation nationale. Suivant en cela l'exemple asiatique, le recours à des établissements ou services de soutien, favorisé par la générosité de l'État, est devenu une extension du système scolaire, à tel point que les enseignant.e.s comptent sur eux pour compléter leurs enseignements, laissant ainsi peser sur les familles la responsabilité de la réussite scolaire de leurs enfants.

Néo-libéralisme débridé et décomplexé, consumérisme à tout va, clientélisme éhonté, individualisme autistique... Où est le bien commun public ? Où est le brassage démocratique des populations ? Où est l'apprentissage du vivre ensemble dans une société plurielle ? Dans Libération du 31 août, Rodrigo Arenas, président de la Fédération des conseils de parents d'élèves de l'enseignement public (FCPE), fustige l'accélération, sous prétexte de la crise sanitaire, de la "vente à la découpe de l'éducation nationale" et le jeu des "profiteurs de guerre". Bref, les acteurs privés de l'éducation sont à la fête. Et il faudra plus que l'annonce d'un Grenelle des professeurs pour rassurer les défenseurs du service public d'éducation.