Pourquoi concentrer la charge sur le supposé manque de savoir-vivre et l'incivisme des cyclistes du quotidien ? Le problème avec l'angle mort, c'est qu'à tous les coups, c'est le cycliste qui meurt.

On pourra (tenter de) se rassurer en se bardant le thorax d'un gilet airbag à 730 euros pièce proposé par la société Urban Circus. Encombrante et un peu chère quand même, cette armure des temps actuels ! Et l'histoire montre à l'envi qu'aucune armure, qu'aucun heaume n'auront empêché de prendre chaud à grimper cuirassé des échelles d'assaut des remparts, et très chaud à recevoir des bouillons d'huile chauffée à blanc... Avec ou sans cotte de mailles. Bon, j'attendrai un peu avant de me surexposer le thorax... Cela dit, la société Urban Circus est à louer pour sa mise à disposition de vêtements techniques de haute visibilité pour les cyclistes.

Plus politique encore. En Pays-de-la-Loire, 18 associations pro-vélo se sont fédérées en janvier 2021 pour peser dans le débat public et accompagner le développement du vélo. L'adaptation des infrastructures urbaines aux besoins des cyclistes est, légitimement, l'un de leurs objectifs. Dire et redire que le vélo en ville, en périphérie urbaine, en campagne, constitue un moyen de déplacement alternatif à la voiture, complémentaire des transports en commun et des modes actifs, particulièrement la marche. Et ses avantages économiques, sanitaires, écologiques sont désormais incontestés.

Illustration bretonne. Kernavelo, le vélo quotidien en Cornouaille. Ateliers collaboratifs de réparation, mise en vente à prix modiques de vélos réparés, apprentissage du vélo pour petits et grands en ville, balades-découvertes... Les ingrédients des associations locales affiliées à la Fédération des usagers de la bicyclette trouvent en Kernavelo une remarquable illustration. Ses objectifs : améliorer les déplacements «vélo au quotidien» et «vélo loisir», améliorer la cohabitation entre modes de transports. Mais aussi : le développement de l’usage du vélo comme mode de déplacement à part entière, un partage de la rue plus équitable, un réseau cyclable continu, cohérent et jalonné, une offre de stationnement adaptée, une intermodalité vélo–transports collectifs améliorée, un réseau de véloroutes et voies vertes...

Comme le dit fort justement la campagne printanière du Gouvernement, la circulation routière est d'abord et avant tout une question de vivre ensemble. Facile à exprimer. Plus difficile à appliquer. Et les usagers actuels et futurs du vélo quotidien militent à juste titre pour qu'une partie significative des abyssaux fonds publics captés par la sacro-sainte automobile soient réorientés vers d'autres formes de mobilités. Le vélo quotidien est l'avenir !