Avec son vieux vélo, sa bonhomie et sa détermination, François, notre facteur dégingandé bien Français, va tout faire pour imiter ses confrères américains. Non sans aventures et avanies, anicroches et incidents, contretemps et menus pépins.

Quel est le véritable héros de cette farce un tantinet désuète mais qui nous fait rire dans une époque où le cinéma d'aujourd'hui nous fait surtout pleurer ? François, notre inénarrable vélo-facteur espiègle, libre qui slalome au milieu des vaches et se bat contre une guêpe récalcitrante ? Son vélo Peugeot 1911 ? Le laboureur et ses chevaux, avec sa charrue à mains ? Le petit garçon en culottes courtes qui court, joyeux, gambadant derrière le tracteur du forain qui doit freiner à l'entrée du village pour laisser les poules et les oies qui sont chez elles, elles ? Jeannette, la vieille dame usée qui sort promener sa chèvre à la laisse dans les rues poussiéreuses de Sainte-Sévère ? Le garde-champêtre aux guêtres et au tambour qui crie Avisse à la population ! pour annoncer le film du soir sur la place du village ?

(Albert à François, coude levé sur le zinc) François, y'a un film pour toi !

(François) Rien n'arrête le facteur yankee ! Mais il faut que je répare ma chambre à air...

(Jeannette, la vieille dame) Les Américains, c'est pas eux qui f'ront pousser l'herbe et l'blé plus vite... Et, pour les nouvelles, pour ce qu'elles sont bonnes, on a ben' l'temps d'les r'cevoir...

Hymne au vélo à une époque où l'on ne prenait pas son auto pour faire 1, 2, 3 ou beaucoup plus de kilomètres encore... Chronique farceuse d'une vie de village révolue. Douce critique des dangers de l'accélération du temps et des tâches venue tout droit d'Amérique. Tout ceci à la fois, sans doute. Mais bon, mes frères et mes soeurs cyclistes, s'il vous plaît, attention au téléphone sur le guidon ! Ce message vaut aussi bien, et plus encore, pour les automobilistes ! L'homme maintenant est pourvu de tous ses moyens. La bicyclette est un perfectionnement de son corps lui-même, l'achèvement, pourrait-on dire. C'est une paire de jambes plus rapides qu'on lui offre. Lui et sa machine ne font qu'un. Ce ne sont pas deux êtres différents comme l'homme et le cheval, deux instincts en opposition. Non, c'est un seul être, un automate d'un seul morceau. il n'y a pas l'homme et une machine. Il y a un homme plus vite (Maurice Leblanc, Voici des ailes, 1898).

Pour aller plus loin... à vélo

Vélo, revue 303, n°136, mai 2015